On trouverait ainsi, ce que soutient l’expérience commune et
la plus proche, une « disposition »
[9] à
nous orienter spontanément devant les singularités de nos
vis-à-vis, une « spontanéité catégorielle » qui
serait une première manière de caractérologie
naturelle. Elle répondrait quasiment à un principe
d’adaptation à la diversité humaine. Hume va même jusqu’à
déduire de cette nécessité d’adaptation la
nécessité corrélative d’une consistance dans
l’objet[10]
que nous recherchons ; il dit :
Toutefois, s’il
faut être statisticien pour critiquer les méthodes statistiques
employées, il n’est pas besoin de l’être pour prétendre à une
approche critique de ce que les statistiques mesurent.
Et l’essentiel de notre critique portera sur ce point.
L’hypothèse de départ d'une telle analyse est, en quelque sorte, négative, et le principe de l’analyse de
discrimination pourrait être dit
« conditionnel ». On comprend bien que l’hypothèse de
la discriminabilité ne peut être testée que négativement. Ainsi, du cas
favorable de la "bonne" discrimination de deux items on ne peut
pas en effet passer à la conclusion qu’ils relèvent
nécessairement de deux référents psychologiques distincts
(cet aspect négatif de l’analyse est conditionné par le niveau
formel où elle se déroule), mais seulement qu’ils
« pourraient bien » en relever (aspect
conditionnel).
Cette analyse peut être menée à différents niveaux du corps
statistique : comme on vient de le voir, au niveau des traits
entre eux, mais, ce qui est plus intéressant encore pour le cas de
la « caractérologie des propriétés », au niveau des
traits par rapport aux propriétés (ou « à une date plus récente qu’on a pu aborder
directement, par l’analyse factorielle, le problème de la
vérification empirique des trois dimensions de base
postulées par Heymans (F. Gauchet et R. Lambert).
»[34]
Nous rendons compte de ces analyses parce qu’elles rapprochent
sensiblement les résultats de Heymans de ceux qui sont recherchés
encore aujourd’hui dans les études d’analyse de la personnalité
[35].
Suivant S. Clapier Valadon, l’analyse factorielle comporte
deux temps :
« La première stratégie est celle du regroupement par
étude des corrélations d’un certain nombre de données de
comportement des individus. Certains aspects, certaines
conduites, certains traits vont ensemble, d’autres
pas. (…) La deuxième stratégie est de rechercher les
[1]
Aristote rapporte ce propos peut-être tenu par
Anaxagore (
Ethique à Eudème (I, 5, 9) Ed. gr.
Walzer et Mingay, 1991)
[2]
George Heymans, art. “Le siècle futur de la
psychologie”, in
Revue du Mois, nov. 1912
[3]
Démocrite, fragment B CXXIV, in
Les
Présocratiques, in Pléiade, NRF, Gallimard, 1988,
p. 876
[4]
Traité de Caractérologie, Presses
Universitaires de France, coll. Logos, 1
ère
édit. 1945 (abrégé
TC)
[5]
Nous avons choisi d’illustrer cette réception de la
caractérologie par la philosophie en nous inspirant de
l’analyse critique qu’en propose Ricoeur in
Philosophie de la Volonté. Nous tiendrons
provisoirement cette critique pour exemplaire de cette
réception.
[6]
L e Senne avance qu’on doit à Démocrite le mot :
« Ethos anthropo daïmon », - le
caractère d’un homme fait son destin , - avant
que la théorie des humeurs ne soit développée par
Hippocrate et Galien. Nous n’avons pas retrouvé le
fragment démocritéen correspondant, seulement le mot
similaire d’Héraclite : « la personnalité de
l’homme fait son démon » (B CXIX, pour lequel
J..P. Dumont propose de tirer « démon » vers
le lot ou le destin (
moira). Voir note
correspondante p. 1242, in
Les présocratiques,
op.cit.)
[7]
Jacques Girardon,
Tempéraments et caractères,
Famot, Genève, 1978
[8]
F. Pire,
Questions de psychologie, de Boeck
Univ., c oll. « le Point
philosophique »
., 1994, ch.6 :
« la personnalité »
[9]
« La caractérologie s’enracine dans la connaissance
spontanée des hommes. (…) cette connaissance est
immédiate, préintellectuelle et irréflechie »
(Gustave Thibon,
La science du caractère, p.28, de
Brouwer, 1933)
[10]
Ce qui
caractérise l’individu, c’est à dire le
caractère, au sens le plus large.
[11]
Enquète sur l’Entendement humain, Liberté et
nécessité, p. 155, édition Saltel, Gallimard 1983
[12]
La psychologie différentielle inclut, si l’on veut, la
caractérologie. Cette dernière figure en tout cas dans
la synthèse de M. Reuchlin,
La Psychologie
différentielle, P.U.F., coll. « Le
Psychologue », 3è édit. 1980, pp. 126-128
[13]
Maurice Reuchlin,
La Psychologie
Différentielle,
op.cit. p..5 (M.
Reuchlin est psychologue, professeur à l’Université R.
Descartes, directeur de l’EPHE ; auteur de
nombreux manuels universitaires.
[14]
F.Galton (1822-1911) passe pour en être le fondateur,
suivi par C. Spearman (1863-1945), K. Pearson, C.
Burt, J.M.K Cattell pour les plus connus (1860-1944))
[15]
Voir Annexe 1 pour la présentation des modèles ‘Big
Five’ et ‘Five Factor Model’ et leurs références
bibliographiques.
[16]
Traité de Psychologie expériementale, sous dir.
P.Fraisse et J.Piaget, P.U.F, 1963, ch. 5
« motivation, émotion et personnalité »,
p.155
sq.
[18]
La discrétion de Le Senne à l’égard des questions
méthodologiques peut se comprendre comme une
économie liée à un motif pratique : aborder « la
considération de la méthode et des procédés de la
caractérologie (…) nous ne le ferons qu’autant que cela
nous apparaîtra comme indispensable pour en assurer
l’emploi ». (
TC, p.26)
[19]
L’enquête statistique est l’œuvre de G. Heymans et D.
Wiersma, qui ont envoyé à trois mille médecins hollandais
et allemands un questionnaire qui fut dispensé à leurs
patients (ce questionnaire figure en annexe au
Traité de Le Senne).
[20]
R.Mucchielli,
La caractérologie à l’âge
scientifique,
Essai sur les méthodes et les
limites de la caractérologie, éd. Griffon,
Neuchâtel, 1961, III, ch. 1, p.107
[21]
Remarquons que l’arbitrage du « milieu »
dépend d’une pondération puisque certaines questions
offrent plus de deux choix de réponses.
[22]
Comme dans le cas de la théorie factorielle, ainsi que
nous verrons.
[23]
George Heymans, art. « Des méthodes dans la
psychologie spéciale », in
L’Année
Psychologique, 1911, p. 64
sq.
[24]
A la différence de la méthodologie de l’analyse (ou
théorie) factorielle que nous envisagerons plus loin.
[25]
Ce résultat important n’est pas mentionné
comme
résultat par Le Senne. Un passage nous en livre seulement
les fragments chiffrés p.54 du
Traité
[26]
Reuchlin
La Psychologie différentielle,
op.cit., pp 127-128
[28]
Cette lecture différentielle pourrait aussi tenir dans
la comparaison du score obtenu pour le trait q2 chez
le nerveux et le même trait chez le sentimental, etc.
Ajoutons encore que cette lecture différentielle doit
tenir dans la comparaison des
valeurs
absolues ou des pourcentages eux-mêmes, non du
seul indice d’infériorité ou de supériorité relative
des scores, pour les raisons indiquées précédemment.
(soit, ici, la comparaison entre les scores de
7,5% et de
56,4% obtenus pour q2
respectivement pour la famille des nerveux et pour la
moyenne générale). Cette
appréciation de scores
absolus pose des problèmes de significativité
des seuils que nous nous contenterons de mentionner
plus bas.
[29]
Reuchlin
La Psychologie différentielle,
op.cit., pp 127, 128:
[30]
Ils l’interdisent au moins
« apparemment » ; on pourrait dire
(plus tard) que certains outils d’analyse manquaient à
Heymans pour établir solidement cette consistance (en
particulier les outils mathématiques de discrimination
des items).
[31]
La significativité des scores par rapport aux moyennes
peut se faire à l’aide de procédés statistiques
différents que la seule comparaison de pourcentages,
méthode assez « rudimentaire » utilisée dans
le
Traité.
[32]
Cette appellation adoptée par les statisticiens est
peut-être mieux adaptée au cadre formel dans lequel
opère l’analyse statistique.
[33]
Une corrélation « trop » proche de 1
(ou de 100% dans le langage des pourcentages)
[34]
Reuchlin,
La Psychologie différentielle,
op. cit., p. 127
[36]
La Caractérologie d’Heymans et Wiersma,
Et
ude statistique sur le questionnaire de G.
Berger, P.U.F. 1959
, coll. « Le
travail humain » ; F. Gauchet fut
Chef du Service de Psychologie Appliquée de
l’Association Française pour l’Accroissement de la
Productivité, R. Lambert, Attaché de Recherches au
CNRS (Laboratoire de Psychologie Sociale de la
Sorbonne).
[37]
Nous ne saurions interpréter ces analyses au point de
vue de la mathématique statistique : les auteurs
nous livrent heureusement leurs conclusions, qui
seront les nôtres.
[38]
Citations tirées de l’Introduction, des pp. 39, 40,
43, 61, in Gauchet et Lambert
, op. cit.
[39]
Pour être plus précis, on obtient que l’activité est
liée positivement à la secondarité et négativement à
l’Emotivité, c’est à dire que les sujets qui sont
actifs sont aussi le plus souvent secondaires et le
moins souvent émotifs. A ce sujet notons que Le Senne
aurait lui-même pressenti ce deuxième résultat :
« En beaucoup de ses effets l’activité se
présente comme le
contraire de l’émotivité »…
(
TC, p.84)
[40]
Nous reprenons en
(1.3.2) la signification qu’on
pourrait attribuer à ces conclusions sur le plan
psychologique.
[41]
- ce qui suggère
a priori qu’un facteur
« hiérarchiquement supérieur » les
relie ou les solidarise, - ce qui pourrait inviter à
d’autres recherches.
[42]
Reuchlin conclut lui aussi que « Emotivité et
Secondarité sont apparues (…) comme des dimensions
pratiquement indépendantes » (
La Psychologie
différentielle,
op. cit., p. 128)
[43]
Cette prudence suggère déjà la difficulté qu’il y a à
interpréter des résultats formels, c’est à dire à
passer du chiffre au
texte de sa compréhension.
Nous précisons plus bas le genre de difficultés
rencontrées.
[44]
Simone Clapier-Valadon,
Les théories de la
personnalité, P.U.F. 1991, coll. «
Que
sais-je ? », p. 60
[45]
Encyclopaedia Universalis 1998, article
« Analyse factorielle »
[46]
L’exemple le plus significatif est peut-être celui de
Spearman et l’obtention de son facteur
« g ».
[47]
J. Nuttin,
La structure de la personnalité, P.U.F.,
4é éd. 1975, p.51
[48]
Nous soulignons, F. Pire,
Questions de
psychologie, de Boeck Université, coll.
«
Le Point Philosophique », 1994, ch.
6 « la personnalité »
[49]
Nous soulignons,
Traité de Psychologie
expériementale,
op. cit., p.174
[52]
J. Nuttin, 1985, cité par F. Pire,
op.cit.,
p.183
[53]
F.Pire,
op. cit., p. 163
sq.
[54]
Nous aurions pu élargir cette hypothèse tautologique
aux autres items (aux traits) proches sur le plan
sémantique. La question se posait évidemment en
premier lieu pour les propriétés, dont les traits
tiennent cette proximité de ce qu’elles sont censées
relever d’un même « niveau » -
pseudo-physiologique (voir
(2.3.2b) pour les
questions liées à cette origine
« physiologique » des propriétés)
[55]
Nous disons « pouvant être obtenus » car il
ne saurait s’agir d’interpréter ici l’intégralité de
ces résultats.
[56]
« mobile et actif », « toujours
appliqué au travail », « ordinairement
occupé », « ne pas renoncer devant les
obstacles », « impulsif »,
« décidé »…
[57]
…pour anticiper sur les questions posées en
(2.2) et
(2.3)
[59]
TC., p.540
sq
Bibliographie
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René Le Senne,
- Traité de Caractérologie,
Presses Universitaires de France, coll. "Logos", 1ère
édit. 1945 (abrégé TC) ; nous utilisons la deuxième
édition de 1946
- La Destinée personnelle, Flammarion,
1951 (abrégé DP)
- Obstacle et Valeur, Aubier, 1946,
coll. « Philosophie de l’Esprit
»
George Heymans
- art. “Des méthodes dans la psychologie spéciale », in
L’Année Psychologique, 1911
- art. “Le siècle futur de la psychologie”, in Revue du
Mois, nov. 1912
G. Thibon, La science du caractère, Desclée de Brouwer,
1933
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caractérologie, éd. Griffon, Neuchâtel, 1961
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Genève, 1978
Gauchet & Lambert, La Caractérologie d’Heymans et
Wiersma, Etude statistique sur le questionnaire de G.
Berger, P.U.F. coll. « Le travail humain », 1959
L. Millet, Introduction à la caractérologie, Bordas,
1969
Gaston Berger, Traité Pratique d’Analyse du Caractère,
P.U.F., 1950 (abrégé TPAC)
George Torris, L’Acte médical et le caractère du
malade, P.U.F., coll. « caractères », 1954 ; art. «
Caractérologie » in Encyclopaedia Universalis
J. Bourjade, Principes de caractérologie, La Baconnière,
1955
Gérard Lurol, Emmanuel Mounier, Génèse de la personne,
l’Harmattan 1999
M. Boll, La science des caractères dans ses relations
avec la méthode scientifique, in rev. Actualités
scientifiques et industrielles, n°371,
1936
Psychologie :
M. Reuchlin - La
Psychologie différentielle, P.U.F., coll. « Le Psychologue
», 3è édit. 1980
- Histoire de la psychologie, P.U.F., coll. « Que
sais-je ? », 1999
P.Fraisse et J.Piaget, Traité de Psychologie
expérimentale, sous dir., P.U.F, 1963
Simone Clapier-Valladon, Les théories de la personnalité,
P.U.F., coll. « Que sais-je ? » , 3è éd. 1997
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