_caracterologie_

A quoi "sert" la caractérologie ?

Devinette. Savoir ma liberté située dans les bornes d’un caractère, est-ce gagner ou perdre en liberté ?

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A quoi « sert » la caractérologie ? En 4e, j’osai demander à mon prof de latin, « Monsieur, à quoi sert le latin » ? Je croyais poser une question intelligente, et je plongeai l’enseignant dans une colère noire. Je parie qu’aucun enseignant ne réagirait plus de la sorte aujourd’hui — mais doit-on s'en réjouir, ou s’en attrister ? S'il y avait peu d’intelligence dans la question, il y avait au moins celle d'en attendre dans la réponse. Je crois comprendre aujourd’hui ce qui a mis ce monsieur dans tous ses états. N’était-ce pas déjà cette idéologie utilitaire qui fait qu’on se croit aujourd’hui en droit d’adresser cette question de l’utilité à toute chose, — laquelle idéologie a bien failli emporter l’enseignement de la philosophie il y a quelques années et qui est en train d’emporter l’école ? Même si le latin « sert » aussi à mieux orthographier le français ou à lire un astrologue du XVe siècle dans le texte (ce que je n’ai toujours pas appris à faire, finalement !), on sent bien ce que cette réponse a d’insatisfaisant à ceux qui voudraient faire de l’école une « fabrique de compétences ». Au fond, croire qu’on peut se demander sérieusement à quoi sert le latin revient à demander : « à quoi sert de se cultiver ? » Eh bien, peut être est-il temps d’oser répondre que cela sert à rester humains.

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La qualité littéraire de la synthèse psychologique du Traité — autant que je puisse en juger, est restée sans égale. Apport décisif de Le Senne ici, et qui contribue à faire de C le parangon d’une science qualitative de l’esprit, restée sans successeur. Peut-être même dirait-on : d’une science des différentes manières d’incarner l’esprit ?

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Tristesse de constater que ceux qui se donnent « l’homme » pour objet d’étude (philosophes, psychologues, etc.) n’en viennent pas plus « naturellement » à C. Comment tous ces « savants » ne finissent-ils pas, à la longue, par remarquer que l’infinie variété des caractères des hommes dissimule péniblement des ressemblances profondes entre eux ? Aveuglement qui en dit long sur l’état du lien humain et sa compréhension par nos psychologues de laboratoires.

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C et personnalisme. C’est pour l’idée de la caractérologie qu’il faut lutter — contre l’homogénéisation et la dégradation des valeurs personnalistes, contre cette « ego-grégarisation » dont parle Dany-Robert Dufour. Lutter donc moins pour le système de Heymans-Le Senne, que pour la qualité et la variété du monde humain que ce modèle suggère, et contre la docilité à se conformer à des personnalités « standard », observable à peu près partout. C personnaliste ? Je n’y vois pas d’objection. La défense de la personne est un principe suffisamment affirmé par Le Senne dans sa philosophie. Ce qui encore une fois ne veut pas dire qu’on ne peut faire un mauvais usage ou une mauvaise interprétation de C — qui aillent même à l’encontre de l’affirmation du principe personnel.