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Ce que cache la critique inconsistante de Ricoeur

 Dans ma petite recherche de l’époque, j’ai cherché à relever quelques indices de la réception de C dans le champ philosophique. C’est sur la critique de Paul Ricoeur[1] que je suis tombé, et j’ai décidé tout arbitrairement qu’elle reflétait le zeitgeist intellectuel de l’époque. Admettons qu’elle le reflète. On ne peut pas ne pas voir combien la critique de Ricoeur malmène son sujet. Il faut le dire : cette « critique » est purement et simplement inconsistante. Ricoeur lui-même, dans un sursaut de lucidité, s’en excuse à la fin de son texte. Quel intérêt y a-t-il à analyser cette critique du « déterminisme » de C à laquelle son auteur ne croit pas ? Aucun ![2]. Par contre, le geste doit être commenté. Ce que je crois, c’est que Ricoeur n’a fait que traduire en langage sophistiqué les psittacismes que les gens cultivés[3] répètent à l’envi dès qu’il s’agit de caractères, ou de voyance ou d’astrologie : je me sens libre donc la fatalité, la voyance — ne peuvent pas exister. En d’autres termes : je suis libre de devenir ce que je veux, donc ne me collez pas ces étiquettes qui me transforment en « objet » et que vous appelez « caractères ».

Ce geste de Ricoeur, je le prends pour emblématique de la soif de liberté qui s’est emparée de toute la postmodernité, de Sartre à Onfray. Une sorte de « kein mehr metaphysik ! » à la française, ou plutôt de « kein mehr ontologie ! », entérinant l’interdit de tout discours sur la nature humaine, et par voie de conséquence à l’égard de toute théorie « déterministe ». Paradoxalement assistait-on dans le même temps à la montée en puissance des sciences humaines. Paradoxalement, il faut bien le dire — si la vocation d’une science est, sinon de mettre à jour des « lois », au moins d’établir des régularités, c'est-à-dire d’aller vers une forme ou une autre de détermination ! 



[1] Dans son ouvrage Le Volontaire et l’Involontaire, écrit moins d’une décennie après la publication du Traité.

[2] Je me suis imposé de le faire dans mon mémoire, avec peu de goût.

[3] Pas le « peuple », qui en cette matière se montre généralement beaucoup plus prudent !