_caracterologie_

Différences avec la personality psychology

Avant d’y venir, je ferai un point rapide sur ce qui à ma connaissance[1] différencie la caractérologie façon Le Senne et la personality psychology. En pointant d’abord rapidement ce qui passe à la trappe chez nos amis Anglais et Américains... Exit le « caractère » chez eux, on parle exclusivement de « personnalité ». Ce n’est pas qu’une « question de mots », il y a des conséquences ; mais d’abord cela trahit le « projet » de la psychologie de la personnalité — lequel est tout autre que celui de C.

J’ai envie de dire, un peu partialement, que la personality psychology n’a simplement pas de projet — sauf celui de dimensionner la personnalité. Or, comme dimensionner la personnalité, chez les tenants du FFM, c’est d’abord et avant tout s’assurer de la « validité mathématique » du modèle, cela fait dire à Block (Block, 2010) que l’approche FFM est sans théorie[2]. Certes, on pourrait dire que « dimensionner la personnalité », c’était aussi l’ambition de C. Il semble néanmoins qu’en focalisant sur le statistique, nos amis anglo-saxons soient prêts à toutes sortes d’expédients et de « compromis ». Mais surtout, il faut comprendre que leur projet n’est plus raccordé en aucune façon à une ou ni à une posture « éthique » ou « humaniste » qui orienteraient et motiveraient les recherches. L’humanisme dont je parle est celui dont parle Le Senne lorsqu’il établit la différence entre une psychologie suivant « l’idéal de Galilée » et celle qui ne perd pas de vue la connaissance des hommes de la rue[3]. Les Anglo-saxons sont majoritairement du côté de « Galilée », dans un « trip », disons, « crypto-scientiste ». Leurs recherches, à ma connaissance, ne débouchent pas sur des traités de psychologie « compréhensifs » comme les Traités français, qui permettraient de donner sens à ce que les calculs statistiques apportent de manière brute et désordonnée[4]. Comment le pourraient-ils, si déjà, le nombre de facteurs avec lesquels ils opèrent est 5, c'est-à-dire donnant 2 puissance 5 caractères ? Imagine-t-on un Traité de caractérologie décrivant trente-deux caractères ?

C repose en définitive sur les intuitions d’un psychologue, George Heymans (enquête biographique). Ces intuitions donnent lieu ensuite à une confirmation statistique et mathématique. De ce point de vue, les personality psychologers procèdent à l’envers. En refondant le qualitatif dans le quantitatif, ils changent l’or en plomb. Nombreux sont les psychologues continentaux, à l’instar de Le Senne, qui au tournant du XXe siècle, s’exaspéraient de ces égarements « scientistes ». Combien sont-ils encore aujourd’hui ?



[1] Ma connaissance de la personality psychology étant lacunaire, je ne garantis pas que ce chapitre ne contienne pas des vues incomplètes ou partiales. A lire avec prudence !

[2] Jack Block, The Five-Factor Framing of Personality and Beyond: Some Ruminations, Psychological Inquiry, 21: 2–25, 2010.

[3] Voir la citation de Le Senne en exergue.

[4]