_caracterologie_

Perspectivisme C

Je l’ai dit : je m’intéresse à cette « vieille science » parce que j’ai été « interpellé » par elle. Cet aveu est une occasion de plonger au cœur du perspectivisme caractérologique. L’idéologie vaguement comportementaliste de monsieur-tout-le-monde l’enjoint à comprendre l’esprit comme essentiellement déterminé par des événements extérieurs. Grosso modo, nous serions des « accidents de parcours » (en grande partie, les « produits » de notre éducation, de notre « interaction » avec le « milieu », etc.). Le « caractérologue moderne » est bergsonien : il maintient que ce n’est que rétrospectivement et moyennant une approche matérialiste de l’esprit qu’on peut en faire un perpétuel « accident de parcours » ; pour le caractérologue, notre esprit n’est pas une « machine » vierge qui trouverait sa forme à l’extérieur ; non, l’esprit a une forme — une forme préalable à toute expérience. Ainsi « l’appel » dont nous parlions est intérieur. Quelque chose est projeté de l’intérieur qui cherche à se réaliser à l’extérieur (notons-le au passage, cette spontanéité est la seule à pouvoir donner du sens au mot vocation). Voilà donc l’intuition au centre de C, le renversement de perspective qui lui est propre — qui constitue une « révolution » dans notre appréciation du monde humain.

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C et inconscient. On pourrait « tirer » C vers l’inconscient car le caractère ressemble fortement à un soubassement du psychisme. On pourrait dire qu’à l’instar de la psychanalyse, C fait remonter à la surface un ensemble de déterminants psychiques, et traiter les facteurs E,A,S comme des déterminants inconscients.

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Sys C. C comme système de réduction de la variété humaine, ou système des impulsions humaines. Que C ne soit pas le dernier mot concernant ce système, cela tombe sous le sens. Plusieurs raisons ici. Comment un homme isolé (Heymans) aurait-il pu « désensabler les colonnes » du système de la diversité humaine, à lui seul, du premier coup ? On ne peut comprendre C que comme un énième essai, et une construction provisoire. Partant, les questions à poser sont : que trouve-t-on ailleurs ? Que trouve-t-on de « mieux » ? Quels sont les critères pour en juger ?

Nous venons de parler des "colonnes" de C comme si ces colonnes existaient. S’agit-il d’une manière de parler ? Oui et non. Nous n’imaginons pas que E, A, S « existaient » quelque part dans le « ciel des idées » préalablement à leur découverte par Heymans[1]. Cependant, il n’est pas interdit de penser que par ses créations intellectuelles, l’homme ne fait qu’étendre la création de la nature, il crée de la nature supplémentaire. D’autre part, par le seul fait d’advenir à un moment donné de l’histoire, on pourrait parler d’un autre aspect — certes, extrême — de la naturalité d’une création humaine. Peut-être alors que, à ce titre, nous devrions considérer ces colonnes comme si elles existaient ? D'ailleurs, Platon croyait-il à ses Idées ? Cf. la fameuse Lettre VII.

Je répercute dans mon mémoire[2] quelques mots de Le Senne sur la fondamentalité des propriétés, ce qui constitue une autre approche possible pour répondre de la naturalité de C.

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C permet de « comprendre pourquoi les hommes ne peuvent pas se comprendre » — dixit Le Senne. Ne s’agit-il que d’un bon mot, une manière de dire, par négation, que la C (et la philosophie) contribuent finalement à faire que les hommes se comprennent ? Je ne doute pas que C ouvre un horizon pour que les hommes se comprennent. La question est de savoir qui veut encore se tourner vers cet horizon.



[1] Dirions-nous la même chose du neutrino ? Pourquoi ? xxx

[2] Des propriétés fondamentales ? (2.3.2)