_caracterologie_

Préalable : le principe de la caractérologie

Pour comprendre de quoi il est question sur ce site, il n’y a pas d’autre façon de faire que de se familiariser avec la caractérologie. Le mieux est encore de feuilleter le Traité, (nous disons plus bas par quoi commencer). Le minimum est de saisir le principe de la caractérologie, ce que nous allons essayer d’exposer ici le plus brièvement possible. 

On ne peut se passer de présenter et de définir les trois propriétés dites fondamentales de la caractérologie : l’émotivité (E), l’activité (A) et la secondarité (S, également appelée « retentissement des représentations »). Nous le faisons plus bas. On mesurera le « degré » d’activité, d’émotivité et de secondarité d'un individu (qui sera ainsi plus ou moins « actif », plus ou moins « émotif », et plus ou moins « secondaire ») en fonction des réponses qu’il apportera (lui et/ou un tiers) à une série de questions préétablies[1]. Admettons une échelle de 10. En fonction de ses réponses, un individu obtiendra un score sur 10 pour chacune de ces propriétés. Ainsi une personne avec un score de {E=2, A=8 et S=2} sera classé dans la famille des inémotifs-actifs-primaires, nEAP, ou encore des Sanguins. Etc. (voir les différentes familles plus bas).

Voilà le principe de la caractérologie. Voici maintenant ce qu’on pourrait appeler son « grand résultat ». Au terme d’une enquête adressée à 3000 médecins à qui il demande de répondre à ses questionnaires, Heymans débouche sur un résultat statistique à l’allure conséquente : ce résultat semble établir que la diversité des individus est structurée en profondeur — l’examen mathématique des corrélations entre les réponses aux questionnaires permettant d’identifier des groupes d’individus aux caractéristiques communes. Ce résultat peut être lu maintenant à travers ce tableau du signalement psychographique des principaux caractères.

A partir de là, les questions surgissent. Ces différences entre les individus sont-elles accidentelles ou révèlent-elles des différences de nature ? Doit-on en tirer qu’il existe des « types » humains ? Des variétés de l’esprit ? Les méthodes de science utilisées à l’époque sont-elle encore valides ? On comprend que le résultat de Heymans mérite un travail de formulation, d’interprétation et de questionnement dans de nombreuses directions. Ce qui était l’objet de mon mémoire en 2002 est encore l’objet des réflexions présentées sur ce site. Le questionnement du résultat est surtout l’objet de la rubrique épistémo.

Les propriétés fondamentales

L’émotivité. Précisément pour Le Senne : « aucun événement subi par nous comme contenu d’une perception ou d’une pensée ne peut se produire sans nous émouvoir à quelque degré, c’est à dire sans provoquer dans notre vie organique et psychologique un ébranlement plus ou moins fort. (…) L’événement agit comme un agent de déflagration ; une quantité plus ou moins grande d’énergie, antérieurement en réserve dans notre organisme, est libérée, cinétisée de sorte qu’il en suivra, de façon intense ou faible, momentanée ou durable, soit des effets viscéraux, conditionnant un accroissement de la conscience de l’émotion, soit une réaction sur le monde extérieur au corps. » 

Le Senne note que la caractéristique de l’émotivité en fait « l’aptitude à être ébranlé par des événements dont l’importance est minime », et que les émotifs se sépareront des inémotifs en ce que l’un est « facile », l’autre « difficile à ébranler ».

L’activité. Le terme caractérologique d’activité, nous dit Le Senne, « ne convient qu’où un homme agit par l’effet d’une disposition à l’action qui provient de lui-même ». En d’autres termes, « les événements extérieurs ne sont pour l’actif que des occasions, des prétextes ; s’il n’y en avait pas, il les chercherait, les susciterait, car il vit pour agir. » Très spécifiquement, on dira qu’est actif « l’homme pour lequel l’émergence d’un obstacle renforce l’action dépensée par lui dans la direction que l’obstacle vient couper ; est un inactif celui que l’obstacle décourage. »

Le retentissement. Le retentissement des représentations est une propriété caractérologique pressentie par Fouillée comme par Malapert, qui voulait distinguer entre des actifs « lents » et « vifs », consacrée par les travaux d’Otto Gross sur la « fonction secondaire » du cerveau, puis reprise par les caractérologues de l’école franco-hollandaise. Techniquement :

« Quand les effets d’une donnée mentale actuellement présente à la conscience refoulent ceux des données passées, la fonction primaire ou prima¬rité prévaut sur la fonction secondaire ou secondarité et l’homme chez qui cette alternative est ordinairement vérifiée doit être dit primaire. Si au contraire l’influence persistante des expériences passées prévaut sur celle du présent, la masque, la refoule, se la subordonne, l’homme doit être dit secondaire. »

Plus schématiquement, « l’homme primaire vit dans le présent, se renouvelle avec lui : la primarité est une fontaine de jouvence. Au contraire le secondaire amortit le présent comme par la force d’un volant, par une structure qui le leste, en opposant à l’événement actuel la répercussion d’une multitude d’impressions passées, d’ailleurs inégalement opérantes ».

Ajoutons encore cette comparaison éclairante : « pour les primaires, expérience veut dire présence vive du donné : ils ont telle, puis telle expérience ; pour les autres, les secondaires, expérience signifie accumulation d’impressions reçues : ils ont de l’expérience. »

L’émotivité (E), l’activité (A) et la secondarité, se combinent pour former huit familles de caractères :

  • EAS : Les Passionnés
  • EAP : Les Colériques
  • EnAS : Les Sentimentaux
  • EnAP: Les Nerveux
  • nEAP: les Sanguins
  • nEAS : Les Flegmatiques
  • nEnAP : Les Amorphes
  • nEnAS : Les Apathiques

Enfin, quelques conseils de lecture du Traité, par ordre d’importance, après être allé le chercher ici : 4. — Caractère, moi et personnalité. 5. Réalité et invariabilité du caractère. 19 — L’émotivité. Définition de l’émotivité. [assez long]  25. — L’activité ; 26. Signes usuels de l’activité. 27. L’inactivité. 32. Le retentissement. 33. La primarité. 34. Corrélations principales de la primarité. 35. La secondarité.

Pour une connaissance globale de la démarche, il conviendrait de lire aussi : 9.  Science de la nature et connaissance de l’esprit ; 11. Trois temps de la méthode de la caractérologie ;  18. Confusion à éviter ; 22. Corrélations principales de l’émotivité.  / 29. Corrélations principales de l’activité ; 24. Signification philosophique de l’émotivité.



[1] Attention, le questionnaire de Heymans comprend 90 questions (celui de Berger 100) ; seules quelques dizaines vont servir à déterminer la formule caractérologique d’un individu, le reste concerne toutes sortes de traits de caractère. Voir le questionnaire de Heymans.