_caracterologie_

quelques autres réflexions

Club de rencontres. C laisse imaginer un bouleversement dans les relations entre les personnes : la promesse de rencontres humaines basées sur des affinités de caractère. Promesse problématique, pour de nombreuses raisons et au même titre que tous les usages possibles de C. Et pour commencer, voulons-nous vraiment rencontrer des personnes de « même » caractère que nous ?

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555, caractère manquant ? A ma connaissance, la question (un peu geek, j’avoue) du profil caractérologique d’une personne qui « scorerait » 5, 5, 5 à chaque propriété, n’a pas été évoquée par Le Senne. Elle ne figure pas dans le Traité. Or n’est-ce pas le caractère moyen — celui qui statistiquement, a des chances de se rencontrer le plus souvent ? Cette intuition est peut-être fausse : peut-être est-ce justement un résultat de l’enquête statistique qu’un tel caractère ne se rencontre que de manière marginale. J’avoue l’ignorer.

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La caractérologie, science pour Sentimentaux ? Les Sentimentaux et les Nerveux se retrouvent dans C, qui offre à ces caractères « fragiles » une rationalisation de la souffrance qu’ils éprouvent dans leur commerce avec leurs semblables. S’ils sont si mal compris des autres hommes, c’est parce que, aux yeux des premiers, ces derniers « manquent » d’émotivité, sont « trop actifs », pas assez « secondaires », etc. (Le Senne Sentimental, il me semble).

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Petite révélation du jour. Dans mon mémoire, j’ai placé en exergue une étrange citation attribuée à Démocrite : Les hommes ne seront qu’un et un homme les sera tous[1]. Citation dont je n’aurais pu dire précisément à l’époque la raison de la faire figurer en tête de mon travail — il y avait bien l’idée que la caractérologie permet un rapprochement entre les hommes — mais une fusion ? Eh bien, douze plus tard, l’énigme de cette citation se trouve ravivée par la trouvaille de cette citation de Heymans : “In the certitude that we are all united in a common I, a deeper being, eternal and capable of continuous progress, lies the proper comfort of psychic monism”[2]



[1] Démocrite, fragment B CXXIV, in Les Présocratiques, in Pléiade, NRF, Gallimard, 1988, p. 876.

[2] Coll., Recent Trends in Theoretical Psychology Vol III, 1993. Traduction perso très littérale : « C’est dans la certitude que nous sommes unis dans un être universel, un Je profond, éternel et capable d’une progression continuelle, qu’on trouve de quoi conforter le monisme psychique ».