_caracterologie_

Retour sur mon mémoire (fin) — la nécessité d’une enquête

Ce n’est que très récemment que j’ai compris ma « véritable » intention de l’époque : non pas traiter un sujet, mais mener une enquête (sur la disparition de la caractérologie). En effet, « mener l’enquête » a pris un sens nouveau pour moi lorsque j’ai découvert la thèse d'Yves Chevallard[1] — un didacticien des mathématiques faisant de l’enquête le seul avenir possible pour l’éducation (supérieur compris). En quelques mots. L’école doit en finir avec la visite des œuvres, cette manière d’apprendre qui nous laisse croire que le savoir serait définitivement consigné dans des œuvres existantes, « qui font autorité », et qu’il n’y aurait « qu’à se baisser » pour le recueillir. Attitude qui non seulement fait le jeu de l’hétéronomie[2], mais freine de manière catastrophique toute acquisition de savoirs nouveaux après l’école. Une attitude qui se montre donc parfaitement inadaptée à l’ère numérique dans laquelle nous entrons (celle de la disponibilité de l’information). Mais qui continue de régner en maître dans tout le système scolaire, supérieur compris — les départements de philosophie n’échappant pas à la règle — au contraire ![3].

Revenant à ma petite recherche « philosophique », dans ce département où on s’affaire généralement du « travail chez Kant » ou de « la durée chez Saint Augustin », j’osais poser une question de fait, celle des causes de la disparition de C, et de ce qu’on pouvait en penser après analyse. Mon intention relevait ainsi du paradigme de l’enquête ou du questionnement du monde, réclamant l’exploration de chemins multiples — dont celui de la philosophie — tout en restant centrée sur une question vivante, se posant à nous, aujourd’hui.

Mon travail n’est pas pour autant une enquête au sens de Chevallard. L’institution philosophie obéit, on l’a dit, à d’autres façons de « s’autoriser à penser » et l’étudiant non complètement suicidaire que j’étais s’est bien efforcé de les suivre. C’est donc à la marge, derrière l’enrobage philosophique de mon travail qu’on aperçoit quelques questions relevant de l’enquête : celle, dans une certaine mesure, du « fonctionnement » statistique de C[4] ; celle de la « fondamentalité » des propriétés de Heymans. Questions non jouées d’avance, où la voie est libre pour le cheminement, l’exploration, et le cas échéant, la bifurcation, le contournement, et même l’ajournement de questions posées initialement.



[1] On les trouvera en ligne sur son site à l’adresse : http://yves.chevallard.free.fr

[2] « Hétéronomie » pour dire l’attitude qui consiste à laisser à d’autres le soin de nous faire une idée sur ceci ou cela.

[3] La dissertation étant le parangon de la visite des œuvres.

[4] Notamment l’ingénue interrogation sur l’écueil d’une compréhension circulaire de l’établissement des propriétés fondamentales, le problème de Mucchielli, etc.