Mémoire de maîtrise de Philosophie soutenu à Lille III en 2002 sous la direction de Michel Crubellier
par
Xavier Leleu













La caractérologie de René Le Senne*


* Titre original : La caractérologie franco-hollandaise ; Eléments pour une critique et une interprétation philosophiques













- Qu’est-ce qui pourrait faire qu’un homme qui en ait le choix décide de naître plutôt que de ne pas naître ?

- Pour faire du Ciel et de l’ordre du monde l’objet de sa spéculation. [1]





L’expérience nous apprend que, dans des conditions pareilles, deux individus ne réagissent pas identiquement. Ainsi, le même événement qui jettera dans un accablement révolté l’individu A n’affectera pas outre mesure l’individu B ; et les mêmes causes qui amènent la ruine intellectuelle et morale d’une personne déterminée peuvent en préparer une autre à une vie noble et belle. Ce sont des faits devenus tellement banals à force d’être répétés que c’est à peine si l’on se pénètre de leur vraie portée. Essayons de résister. Tâchons d’en approfondir le sens véritable comme s’il s’agissait d’une vérité nouvelle.  [2]




Les hommes ne seront qu’un et un homme les sera tous. [3]



Plan :

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Introduction



Ce travail se propose l’examen critique et l’interprétation philosophique de l’effort de connaissance caractérologique, dont on trouvera le produit le plus achevé dans le Traité de Caractérologie [4] (1945) de René Le Senne.


Ainsi, même si le Traité fonctionnera comme la référence exemplaire de notre questionnement, c’est davantage le projet qu’il porte, celui d’une compréhension ordonnée et différenciée de la diversité humaine qui se voudrait l’horizon, et le moteur de cette réflexion. La caractérologie a entamé cette compréhension systématique de la variété humaine selon un mode original que nous commencerons de départir d’autres « modèles anthropologiques » (béhaviorisme, psychologie différentielle…). Mais elle ne s’épuise pas dans une anthropologie « seulement » désintéressée. Elle s’est comprise elle-même comme science engagée ; la compréhension des différences entre les hommes doit se prolonger dans leur meilleur vivre ensemble : nous verrons comment le projet anthropologique - en tant qu’éthologie - est indissociable de cette destination éthique. Le cadre général de notre réflexion s’inscrit en outre dans la reconnaissance d’une « crise du sujet » contemporain. Nous nous efforcerons de montrer que l’analyse du « destin actuel » de la caractérologie est significative pour la  compréhension de cet état de crise. De cette hypothèse qu’une discipline quelconque n’apparaît ni ne disparaît sans raison, et de ce que la caractérologie peut nous apparaître comme la dernière psychologie philosophique, nous serions fondés à entamer une lecture critique des productions qui viennent en quelque sorte se « substituer » à elle dans le panorama de la psychologie actuelle ; d’un autre côté, nous accorderons une attention particulière à la manière dont la philosophie [5] (après Le Senne) a compris la psychologie caractérologique pour (provisoirement ?) s’en distancier.

 

La première partie de ce travail consiste dans la légitimation de l’objet de la recherche caractérologique et dans la critique des résultats obtenus par l’école franco-hollandaise. De la nécessité d’une connaissance de l’individuel, nous prendrons acte des réponses du sens commun et mentionnerons les disciplines psychologiques dont les objets sont connexes à celui de la caractérologie. Nous passerons à l’analyse des travaux de la caractérologie franco-hollandaise. En tant que la caractérologie s’est proclamée sur le chemin de « la science », qu’elle s’origine et se « fonde » sur des résultats expérimentaux, nous serons conduits à envisager la consistance de ses résultats. Comment « fonctionne » la caractérologie de Le Senne-Heymans-Wiersma ? L’identification des outils statistiques et des processus opératoires (1.1),(1.2) développés au sein du protocole expérimental de Heymans (analyse corrélationnelle, discrimination, factorisation), - nous permettra de dégager deux définitions statistiques du caractère « à ras » de ces processus (1.1.2),(1.2.2). Nous donnerons les premiers éléments de compréhension du passage du niveau statistique à celui de l’interprétation en développant le concept d’une différence herméneutique entre ces niveaux (1.3).



Nous passerons alors, dans une deuxième partie, à un questionnement plus large et à l’examen de divers aspects du statut herméneutique global de la caractérologie. Nous nous arrêterons un moment sur le « déterminisme » qu’on a pu dégager d’une critique de ses méthodes (2.1). Nous nous efforcerons de montrer qu’un tel « problème » leur est tout simplement incongru sur le plan objectif, et qu’il appelle à une discussion dialectique à laquelle nous réserverons notre dernière partie. Poursuivant sur ce plan herméneutique général, nous nous attacherons (2.2) à décrire la position qu’y occupe le sujet, selon une double mise en contexte : selon sa problématisation dans le champ philosophique contemporain, puis en donnant quelques repères pour sa compréhension depuis le contexte de l’émancipation d’une psychologie scientifique. Entre ces deux pôles, nous prolongerons (2.3) notre compréhension herméneutique d’un questionnement « fondationnel » autour du protocole expérimental de la caractérologie : pourquoi telles propriétés ? En quoi pourraient-elles être jugées « fondamentales » ? Ce qui serait en jeu ici, c’est ce qu’on pourrait appeler l’efficacité herméneutique du système franco-hollandais : ce qu’il donne à voir et à comprendre des différences entre les hommes.

Les quelques éléments de contextualisation relatifs à une caractérologie comprise comme psychologie nous permettra de la situer (2.4) dans une première approximation d’un débat « épistémologique » - et peut-être surtout idéologique – dans lequel elle se démarquait, en tant que psychologie constitutionnelle, des thèses environnementalistes (béhaviorisme en particulier). Nous donnerons quelques indices du retour de ce paradigme constitutionnel (sous l’espèce de la génétique) qu’on peut connaître aujourd’hui.



Notre troisième partie reprendra la question de la détermination (ou de la liberté) sous une compréhension dialectique. Le caractère pose le problème philosophique d’une détermination nécessaire à ma liberté. Nous verrons comment le dispositif conceptuel déployé par Le Senne loge cette part de détermination en moi qu’est le caractère au sein d’une topologie de l’ego, renvoyant ainsi la liberté à la personnalité, qui le réfléchit (3.1). Cette topologie nous apparaîtra insuffisante dans ce qu’elle ne peut répondre sans ambiguïté du lieu d’origine de cette réflexion ; nous ouvrirons alors à une lecture « déterministe » du texte lesennien, pour dégager la positivité et les limites d’une compréhension de la nécessité (3.2). Enfin, nous donnerons à voir comment l’expérience de la valeur, expérience consacrée par Le Senne comme celle de la liberté elle-même, recoupe une nouvelle forme - plus haute - de détermination (3.3).





La caractérologie, dans son acception la plus large, travaille la diversité d’être homme. La question au fondement de toute caractérologie pourrait s’énoncer : la diversité humaine peut-elle faire l’objet d’un discours logique, d’un discours qui rende raison de cette diversité ?

En rende raison, soit que ce discours satisfasse à une « cohérence interne », ou mieux, qu’il suggère un ordre extérieur à lui, au sein de la diversité elle-même.





Une caractérologie naturelle et spontanée 

 

Mais avant qu’apparaisse la question et sa mise en forme théorique, le sens commun, la voix populaire, ou le génie grec[6] ont déjà répondu.

« C’est une caractérologie empirique, fruit de l’expérience qui a amené à comprendre peu à peu qu’il y avait parmi les hommes entre eux différents types. » [7]

Avant d’être connaissance, la diversité est ainsi reconnue ; comme le dit un psychologue contemporain,

« La plupart des hommes n’ont aucune théorie du langage, bien qu’ils s’expriment sans problèmes ; ils n’ont aucune théorie cognitive, bien qu’ils sachent utiliser les données de la perception et de la mémoire. Par contre, chacun possède une théorie au moins implicite de la personnalité. L’homme de la rue classe spontanément les individus en types, en recourant à des catégories (par exemple la sociabilité, l’autoritarisme, l’intelligence ou le charme…). » [8]

On trouverait ainsi, ce que soutient l’expérience commune et la plus proche, une « disposition » [9] à nous orienter spontanément devant les singularités de nos vis-à-vis, une « spontanéité catégorielle » qui serait une première manière de caractérologie naturelle. Elle répondrait quasiment à un principe d’adaptation à la diversité humaine. Hume va même jusqu’à déduire de cette nécessité d’adaptation la nécessité corrélative d’une consistance dans l’objet[10] que nous recherchons ; il dit :

 

« Le caractère propre de l’individu a de l’uniformité dans son action ; sinon notre familiarité avec les personnes et l’observation que nous faisons de leur conduite ne pourraient jamais nous apprendre leurs dispositions, ni servir à diriger notre conduite à leur égard. » [11]

   


Aperçu des disciplines connexes à la caractérologie

 

L’objet de la caractérologie, généralement « ce qui caractérise un individu », la situe naturellement au croisement de nombreuses disciplines. Présentons rapidement trois de ces acteurs dont nous envisagerons quelques aspects : psychologie différentielle, théorie factorielle, psychologie de la personnalité anglo-saxonne.

L’objet de la psychologie différentielle [12] est défini par M. Reuchlin dans le passage suivant :

« Des individus différents ne se comportent pas de façon identique, chaque individu a une façon relativement prévisible de réagir à une situation donnée (…) : voici des faits qui sont établis par l’expérience la plus commune, celle qui permet à chacun de s’adapter de façon tolérable à la vie sociale. » [13]

Ce qui caractérise l’individu, c’est, pour le psychologue différentiel, ce qui le distingue d’un autre. Ce fait de la différence entre les individus n’est pas dubitable. Passer de ce fait à l’identification d’un objet, - d’un « objet scientifique », voilà toutefois une première  difficulté (peut-être aussi la dernière) :

« Les tentatives qui sont faites pour appliquer à l’étude de ces faits une méthode scientifique se heurtent à des difficultés considérables. De telles différences sont difficiles à analyser : le niveau culturel, la façon de s’exprimer, les intérêts que l’on éprouve, le raisonnement que l’on utilise, sont toujours partiellement associés. Elles sont encore plus difficiles à expliquer : l’hérédité, le milieu (…) jouent évidemment de façon conjointe. »

La psychologie différentielle diffracte la différence entre les individus en une multitude d’objets. Son objet général paraît très proche de la caractérologie, mais les recherches en cette matière, outre leur éparpillement, sont trop peu nombreuses en France pour soutenir une homologie véritable avec la caractérologie. L’ouvrage cité nous aidera toutefois pour notre compréhension de la partie statistique de celle-là.  

La théorie factorielle [14] consacre le développement des outils psychométriques dans l’étude des différences individuelles, particulièrement celui de la méthode corrélationnelle, qui permet de considérer la liaison statistique (coefficient de corrélation) entre deux phénomènes quelconques (ainsi des traits de personnalité). Les travaux de Heymans sur lesquels repose la caractérologie de Le Senne s’inspirent de cette méthode dont nous ferons la critique et l’interprétation.

La psychologie de la personnalité poursuit l’étude des différences entre les individus avec les méthodes précédentes, en posant la question du nombre de facteurs « suffisants » pour rendre compte de l’originalité d’un individu. Nous la mentionnons en ce qu’elle est la discipline la plus proche d’un certain esprit de la caractérologie, toutes deux posant la question de la fondamentalité des « propriétés ». Nous n’en proposerons (malheureusement) dans ce travail que quelques vues sommaires[15] .



I.  Fonctionnement de la caractérologie franco-hollandaise


La définition de la nature de la personne ne peut pas précéder les recherches mais ne peut être que leur résultat [16]




La caractérologie de Le Senne, telle qu’elle nous est présentée dans le Traité, ne rend pas compte de manière thématique ou explicite de tous les « mécanismes » par lesquels elle s’élabore. Dans le Traité, Le Senne n’attache pas une importance décisive à la méthodologie statistique mise en œuvre dans l’enquête de Heymans-Wiersma. Même s’il note que l’enquête est « la plus importante des enquêtes de la caractérologie », le passage de l’introduction du Traité réservé à sa méthode ne consacre qu’un seul alinéa aux « psychographies statistiques » [17] , dans lequel Le Senne se borne à rappeler que « les nombres utilisés dans son volume proviennent de l’enquête », mais ne sont que « des faits desséchés », même si « leur comparaison quantitative peut être très précieuse (…), devant servir à appuyer ou à ruiner des hypothèses suggérées par les enquêtes biographiques » [18].

L’essentiel du travail de Le Senne consiste en effet dans l’analyse et la synthèse compréhensives des (psycho) logiques des caractères - leur compréhension ou leur interprétation. Pourtant, dans le Traité, l’interprétation de chaque caractère est précédée de son « signalement statistique » : il est bien évident que c’est à partir des résultats obtenus par l’enquête que peut s’élaborer le travail de Le Senne : le caractère n’est pas seulement un concept « empirique » ou « intuitif », et il sera traité dans cette partie de notre travail comme le produit d’une double expérimentation, biographique et statistique. Cette partie à la fois explicative et critique de notre travail s’est imposée à nous en ce qu’elle doit nous conduire à une représentation aussi juste que possible des opérations successives par lesquelles les caractères sont constitués avant tout travail d’interprétation. Notre question générale est de savoir quelle définition (forme, consistance) on doit donner au caractère en tant qu’il émerge de l’expérimentation statistique. Ce travail pourrait requérir une analyse critique intrinsèquement statistique à la quelle nous ne pourrons nous livrer. Notre travail s’arrêtera à mentionner les problèmes et difficultés méthodologiques correspondants.

Toutefois, s’il faut être statisticien pour critiquer les méthodes statistiques employées, il n’est pas besoin de l’être pour prétendre à une approche critique de ce que les statistiques mesurent. Et l’essentiel de notre critique portera sur ce point.



Les caractères comme produits de l’enquête statistique ? (1.1)

 

Nous pouvons introduire à une réflexion sur le caractère comme produit expérimental par ce passage du caractérologue R. Mucchielli, passage qui a le mérite de nous poster d’emblée au cœur de notre questionnement :

« C’est sur une large enquête statistique [19] que se fonda la caractérologie franco-hollandaise. (…) Des milliers de questionnaires, des dizaines de milliers de réponses, et de leur dépouillement méthodique, jaillirent huit « familles » de caractères, c’est à dire huit styles de vie, huit structures générales orientant les comportements (…)» [20] .

Plus loin, l’auteur précise : « les statistiques hollandaises firent apparaître une courbe à huit sommets, montrant la présence de huit « espèces caractérologiques » stables dans la population-échantillon ». Nous soulignons les deux expressions de l’auteur : s’agit-il de « simples » métaphores, ou ont-elles une valeur d’explication d’un fait statistique original ?

 

Le protocole expérimental (1.1.1)


L’attribution d’une formule caractérologique à un sujet dans le cadre de l’enquête statistique est fonction du questionnaire. Son dépouillement doit permettre l’attribution des « scores » obtenus pour chacune des « trois grandes » propriétés E, A, S : les huit premières questions évaluent un score pour la propriété Activité, les huit suivantes un score pour l’Emotivité, les dix suivantes un score pour la Secondarité (appelée encore fonction secondaire ou fonction de retentissement). Serait alors « actif », « émotif », ou « secondaire » le sujet qui comptera un score de réponses supérieur à la quantité du « milieu » [21] établie pour chaque propriété (et par suite, en combinant ces propriétés, seront appelés nerveux l’EnAP, sentimental l’EnAS, colérique l’EAP, passionné l’EAS, sanguin le nEAP, flegmatique le nEAS, amorphe le nEnAP ou apathique le nEnAS). La description de ce seul procédé de « scoring » des propriétés nous permet déjà de poser une première condition à l’émergence intrinsèque des caractères suggérée par Mucchielli : les propriétés ne « surgissent » pas de l’enquête ex nihilo, à partir d’une somme de traits « éparpillés » que l’analyse statistique ordonnerait après-coup [22] . Les propriétés qui établissent les caractères reposent sur des groupes de traits déjà sub-catégorisés avant tout traitement statistique. Cette pré-catégorisation est l’œuvre de l’enquête biographique menée par Heymans en 1909. Selon son auteur :




« L’enquête biographique a consisté à lire un grand nombre de biographies se rapportant à des personnalités historiques, et à noter scrupuleusement toutes les qualités plus ou moins importantes qui leur sont attribuées en vertu des faits mentionnés par le biographe, et à disposer ainsi de psychographies aussi complètes que possible. Finalement, ces psychographies, après avoir été comprimées sous une forme maniable, sont comparées entre elles (…) classées d’après quelques qualités importantes, comme l’émotivité, l’activité, la secondarité. » [23]



Retenons pour l’instant que cette catégorisation préalable des propriétés indique que ces propriétés ne peuvent pas être considérées comme des produits purementstatistiques. [24] On doit donc déjà écarter une certaine interprétation du « jaillissement » des caractères qui serait celui des propriétés. Par contre, ce que cette pré-catégorisation préalable ne dit pas, c’est, par exemple, s’il y aura des émotifs qui seront aussi actifs et aussi secondaires ; partant, si la totalité des huit caractère seront représentés par les résultats de l’enquête. Or, c’est justement ce que l’expérience statistique confirme[25] .



Vérification empirique des caractères (1.1.2)

Première définition statistique du caractère



« La vérification empirique va utiliser un questionnaire qui permettra de rassembler des observations portant sur 3000 personnes environ (…) Quelques questions sont considérées comme la traduction opératoire des trois dimensions fondamentales et les réponses à ces questions permettent de classer les sujets dans les huit types représentés. » [26]

Cette répartition des réponses dans l’éventail des huit possibilités de formules caractérologiques doit être considéré comme le premier résultat de l’enquête statistique. On peut désormais imaginer que la « courbe de Mucchielli » n’est autre que l’expression de cette répartition statistique dans les huit formules caractérologiques. Une première approche définitionnelle du caractère peut être dégagée : il est le résultat d’une libre répartition statistique - massive - des sujets dans les huit groupements proposés par Heymans.

Une lecture tautologique des propriétés ? (1.2.1)





Du questionnaire de Heymans en son entier, on doit distinguer deux types de traits : ceux qui vont permettre l’établissement des formules caractérologiques, et les autres traits, qu’on pourrait dire extrinsèques à la constitution des formules de caractère. Cette distinction est importante au vu de la compréhension globale du dispositif et va nous conduire à un premier questionnement : en effet, un traitement intrinsèque du premier type de données - celui qui permet l’établissement statistique des caractères – nous a paru pouvoir poser la possibilité d’une lecture « circulaire » ou tautologique.



Il nous faut illustrer cette difficulté par un exemple. Prenons le cas, donné dans le Traité, d’un trait de l’inactivité du nerveux [27] (émotif – inactif – primaire). Pour la question 2 (I°) examinée (relative à l’inactivité), le trait « toujours au travail » offre un score de 7,5%, (minimum pour cette famille), alors que l’ensemble des AS est de 99,15%, et que la moyenne générale est de 56,4%, ce qui semble indiquer un trait distinctif du nerveux qu’il s’agit d’interpréter. Que signifie cette ligne ?

 

Le « problème de lecture » que nous avons rencontré consiste à observer que q°2 est une des questions qui a servi au préalable à discriminer son activité (ici son inactivité) ; comment comprendre que la lecture d’un tel résultat ajoute quelque chose à la seule discrimination de l’inactivité du nerveux ? Il convient d’écarter tout de suite l’interprétation aberrante suivante : l’objet de cette ligne du Traité n’a pas pour objet de prouver que le nerveux est inactif ! La « discrimination » de la population des nerveux précède bien l’analyse statistique donnée ici. Dans le même sens, cetet ligne ne peut avoir pour objet de dire que le nerveux est des moins « toujours au travail » parce qu’il est inactif ; l’information contenue dans cette ligne ne peut donc pas tenir dans l'indice d’infériorité de score d’inactivité obtenu par le nerveux par rapport à la moyenne générale (et encore moins par rapport à la catégorie AS) : on ne pourrait y lire, étant donné la pré-catégorisation des propriétés, qu’une indication proche de l’indication tautologique.

 

Le sens de cette ligne ne peut donc faire l’objet que d’une lecture différentielle. Par exemple, en tant que q2 n’est pas le seul trait servant à discriminer l’activité, mais qu’il en est bien un trait contributif, le résultat offre prise à une lecture différentielle du trait « toujours au travail » par rapport aux autres traits discriminant l’inactivité chez le nerveux [28]  : en cela il permet de préciser un profil d’inactivité du nerveux selon les différents « rapports de force » des traits concourants à établir son inactivité. -- Mais, comme dans notre exemple (et pour les autres cas du même genre) la ligne à interpréter fait seulement référence à des moyennes obtenues par des populations « opposées » pour un trait isolé (contributif), elle nous a paru sujette à cette interprétation « circulaire ».

 

Un autre aspect de cette lecture « tautologique » du premier type de données consisterait aussi à croire que nos traits intrinsèques, en tant qu’ils furent intuitivement regroupés par Heymans après l’enquête biographique, ne seraient que « différentes manières de dire la même chose » (par exemple, pour ce qui concerne la propriété activité, être « mobile et actif », « toujours appliqué au travail », « ordinairement occupé », « ne pas renoncer devant les obstacles », « impulsif », « décidé » etc. ). C’est ici qu’une analyse de discrimination factorielle permet de traduire cette question sur le plan mathématique et d’y apporter une réponse. Nous verrons comment.


Le résultat de Heymans (1.2.2)

Définition corrélationnelle élargie du caractère



Nous avons vu que le questionnaire ne se limite pas à l’établissement (au scoring) de nos trois propriétés principales – soit à l’établissement de la seule formule de caractère (dont les questions vont de la 1ère à la 26ème ) ; 64 autres questions – soit la plus grande partie du questionnaire - renseignent sur le « profil général » du sujet (orientation des intérêts intellectuels, politiques, religieux, inclinations, qualités et défauts personnels ou relationnels, etc.). C’est dans ce cadre élargi que l’enquête de Heymans va prendre toute sa portée en tant que résultat ; elle va offrir en retour une consistance aux propriétés issues des intuitions de Heymans. Reuchlin introduit aux résultats obtenus par Heymans en résumant l’ensemble du chemin parcouru dans l’enquête :



« Heymans compare la fréquence d’apparition des traits de conduite [ce sont les traits que nous avons appelés extrinsèques aux propriétés] dans les différents types [les formules de caractère] et détermine ainsi quels sont les traits qui sont associés à chaque type. L’ensemble de ces traits présente une cohérence générale qui confirme, dans une certaine mesure, la réalité des distinctions proposées entre les types. (…) Dans la mesure où l’on considère que l’enquête a confirmé l’existence empirique des huit types, on peut considérer que les trois dimensions constituent au moins une façon possible d’ ‘expliquer’ ces huit groupements. » [29]



Ici, aucun regroupement n’est fait a priori, et on peut dire que toute hypothèse disparaît - sinon celle d'attendre des résultats (!) -- qui seront mesurés à l’aune des groupements obtenus par la première analyse. Le résultat statistique - le plus important - de l’enquête de Heymans (confirmé comme on le verra par Gauchet et Lambert) doit maintenant nous apparaître clairement.

Chacune des huit formules de caractère est corrélée avec des traits extérieurs (ou extrinsèques). Pour formuler le résultat négativement, ces corrélations extérieures interdisent [30] de penser que les caractères sont des constructions arbitraires, seulement « dues au hasard ». Comme les huit types proposés par la combinaison des propriétés offrent cette stabilité corrélationnelle, on peut énoncer rétrospectivement que les trois propriétés « expliquent les huit groupements ». L’« existence » des propriétés est donc un acquis de cette consistance des groupements que l’enquête statistique offre a posteriori  ; bien sûr cette existence est ici statistique et formelle ; nous verrons les moyens de passer à une interprétation sur le plan psychologique plus bas.



Remarquons que la présentation de ces résultats n’a pas fait l’objet d’une exposition intégrale et systématique dans le Traité ; seuls les résultats les plus significatifs figurent dans chaque signalement statistique précédant l’interprétation d’un caractère. Ainsi, par exemple, entre autres traits significatifs du nerveux (par rapport aux flegmatiques nEAS et aux moyennes générales), les suivants furent regroupés par Le Senne sous la rubrique Intensité affective :

q.87, parole forte, criarde     :   20,1% (max) / 1,6%        / 8,2%

q.88, beaucoup rire             :    62,1% (max) / 23,5% (min) / 40,6%

q.71, besoin de divertissements :    68,4% (max) / 14,1%       / 39,1%

      casanier                  :    31,6% (min) / 79,7%       /55,2%

      épris de solitude         :     4% (min)   / 9,8%        /10,4%

           

Enfin, ces résultats permettent de proposer une deuxième réponse au « problème de Mucchielli » que nous nous sommes posé, et de fournir une deuxième approche de définition du caractère selon sa dimension corrélationnelle. Les huit sommets de la courbe pourraient alors représenter le système de corrélations extrinsèques obtenu par cette deuxième analyse statistique, et offrir ainsi une nouvelle définition statistique du caractère, élargi cette fois aux traits (les plus significatifs) non directement constitutifs des propriétés.


La significativité statistique (1.2.3)



Le problème de la significativité est un problème de méthodologie statistique ; malgré son importance sur un plan technique, nous ne pouvons ici qu’en indiquer des « lieux communs ». La première question relève d'un problème de méthode très général, c’est celui du seuil à partir duquel on décidera qu’un résultat est ou non significatif sur le plan statistique. Il faut rappeler que le tout premier travail de l’interprète (travail qui est celui de Le Senne après Heymans) consiste bien dans le brassage et la sélection, dans un matériel qui, comme celui de notre enquête, comporte plusieurs milliers d’entrées, des données qu’on estimera les plus significatives. En reprenant l’exemple précédent, le minimum obtenu pour la famille des EnAP donne à comparer 7,5% et 56,4% (moyenne générale). Ici, l’écart considéré laisse penser que les chiffres « parlent d’eux-mêmes ».

- Précisons toutefois que c’est déjà à cette condition près : les populations échantillonnées ont-elles un effectif suffisant ? En considérant cette condition satisfaite, on pourra alors demander : à partir de quel seuil théorique décidera-t-on que la comparaison est ou non significative [31]  ?



Outre ces questions liminaires liées au seuil de significativité, - auxquelles le statisticien répond par un arbitrage de conventions, - la question de la significativité d’un corps statistique renvoie à celle, plus essentielle, de la discriminabilité de ses éléments.



Discriminabilité statistique (1.2.4)




Dans le cas qui nous intéresse, celui d’une psychologie de la personnalité, les éléments qui composent le corps statistique sont des traits de personnalité : on peut ou on doit supposer a priori que ces traits renvoient à des « phénomènes psychologiques » différents les uns des autres, et qu'ils soient discernables entre eux. Il s’agit en somme de s’assurer d’un point de vue mathématique que deux questions posées dans le cadre du questionnaire ne sont pas répondues avec une trop grande similitude de fréquence, soit que deux « items » [32] ne font pas l’objet de corrélations trop fortes [33] entre eux, auquel cas on pourrait penser de ce « chevauchement statistique » qu’elles renvoient alors à un même « phénomène » ou entité psychologique ; on dirait alors nos deux items non discriminés entre eux, et on considérerait les « phénomènes » corrélatifs comme les doublons d’un même référent psychologique (il conviendrait alors, dans le dispositif de l'enquète, de remplacer les questions correspondantes par de nouvelles questions).

L’hypothèse de départ d'une telle analyse est, en quelque sorte, négative, et le principe de l’analyse de discrimination pourrait être dit « conditionnel ». On comprend bien que l’hypothèse de la discriminabilité ne peut être testée que négativement. Ainsi, du cas favorable de la "bonne" discrimination de deux items on ne peut pas en effet passer à la conclusion qu’ils relèvent nécessairement de deux référents psychologiques distincts (cet aspect négatif de l’analyse est conditionné par le niveau formel où elle se déroule), mais seulement qu’ils « pourraient bien » en relever (aspect conditionnel).

Cette analyse peut être menée à différents niveaux du corps statistique : comme on vient de le voir, au niveau des traits entre eux, mais, ce qui est plus intéressant encore pour le cas de la « caractérologie des propriétés », au niveau des traits par rapport aux propriétés (ou facteurs) qui leurs sont rapportés et qui, dans une certaine mesure, les « explique » ; cette analyse, qui prend alors le nom d’analyse factorielle, n’a pas été menée à l’origine par les psychologues de Groningue (ni par Le Senne). C’est seulement

« à une date plus récente qu’on a pu aborder directement, par l’analyse factorielle, le problème de la vérification empirique des trois dimensions de base postulées par Heymans (F. Gauchet et R. Lambert). »[34]

Nous rendons compte de ces analyses parce qu’elles rapprochent sensiblement les résultats de Heymans de ceux qui sont recherchés encore aujourd’hui dans les études d’analyse de la personnalité [35].




Les vérifications de Gauchet et Lambert (1.2.5)



En effet, les travaux de Gauchet et Lambert, en 1959[36] entreprennent, à l’aide de nouvelles méthodes statistiques [37], « d’étudier, (…) de mieux comprendre la Caractérologie franco-hollandaise, dans ses possibilités et ses limites ». Les résultats principaux de leur enquête visent à s’assurer de la discriminabilité statistique (i) sous chaque facteur, des items entre eux, (ii) des facteurs entre eux, enfin (iii) des items en relation avec les facteurs. Ainsi, les auteurs observent[38] qu’au niveau « intracritérial » (des traits sous un facteur donné E, A ou S), « les matrices d’intercorrélation s’expliquent à chaque fois par le facteur correspondant », c’est à dire à « la cohérence interne des trois facteurs E, A, S tels que définis dans le Questionnaire Berger ; ils concluent également qu’au niveau intercritérial, E et S sont pratiquement indépendants (…) tandis que A paraît liée[39] aux deux autres ».

Les résultats concernant la discrimination des traits sous un facteur donné répondent en partie à la question que nous soulevions au sujet de l’éventualité d’une lecture « tautologique » des traits relatifs aux propriétés : le fait qu’ils apparaissent bien discriminés sur le plan statistique nous interdit de les considérer comme équivalents statistiquement : dans la mesure où les sujets qui répondent au questionnaire ne les ont pas considérés eux-mêmes comme équivalents. [40]  

Nous reportant maintenant aux autres résultats de Gauchet et Lambert, repris par Reuchlin, on devra donc dire que la propriété activité n’est pas « complètement indépendante » des deux autres propriétés [41] . Il ne nous paraît pas inutile de porter l’attention sur la manière dont se formulent les conclusions [42] de ces analyses, si on les regarde à la lumière (et à la hauteur) des objectifs herméneutiques cités plus haut : leur « prudence » n’est-elle pas toute remarquable [43]  ? Elle doit déjà nous suggérer la difficulté qu’il y a à « interpréter » des résultats formels, c’est à dire à passer du chiffre au texte (nous précisons dans la section suivante le genre de difficultés rencontrées). Notons seulement que ce passage du résultat chiffré au texte de la conclusion offre de toute évidence une certaine tolérance dans l’appréciation ; S. Clapier Valadon conclut, de son côté :

« La méthode des caractérologues n’est pas sans analogie avec celle des factorialistes ; Gauchet et Lambert confirment l’existence des trois facteurs fondamentaux de Heymans et Wiersma. » [44]




De la significativité à la signification (1.3.1)

Analyse factorielle et caractérologie



La focalisation sur la dimension factorielle de la caractérologie ne doit pas nous conduire à confondre les méthodes respectives de la caractérologie et de l’analyse factorielle, - cette dernière conçue non plus seulement comme instrument méthodologique mais comme « théorie » de la personnalité. Leur comparaison va nous permettre de mieux situer l’originalité de la méthode de Heymans.

Suivant S. Clapier Valadon, l’analyse factorielle comporte deux temps  :

« La première stratégie est celle du regroupement par étude des corrélations d’un certain nombre de données de comportement des individus. Certains aspects, certaines conduites, certains traits vont ensemble, d’autres pas. (…) La deuxième stratégie est de rechercher les variables sous-jacentes, que l’on appelle facteurs, qui expliquent ces corrélations »

Plus loin donc que sa seule dimension analytique et descriptive, la théorie factorielle permet de dégager, à partir d’un système corrélationnel, « combien de facteurs communs sont nécessaires et suffisants pour expliquer ses corrélations » [45] . C’est ce qui a pu conduire certains psychologues à ériger ce procédé de méthodologie statistique en une prétendue théorie psychologique [46]. Le principe de factorisation au cœur de cette théorie – celui qui est aussi à l’œuvre dans les vérifications indiquées plus haut – doit être questionné maintenant dans le passage de sa significativité à sa signification  :

« Les facteurs que l’analyse factorielle permet de mettre en évidence sont de simples entités mathématiques auxquelles il faut faire appel pour expliquer, le plus économiquement possible, la variabilité et la covariabilité des aspects différents des conduites étudiées » [47]


Toute la difficulté tient dans la traduction du facteur comme entité mathématique à sa signification en termes psychologiques, bref à son herméneutique. Pour F. Pire, le « danger » est que


  « de la saturation d’un facteur on passe subrepticement à sa réification »

Or cette « réification », qui doit être comprise comme la tentative (ou la tentation ?) de ramener le résultat à une compréhension d’ordre psychologique, est pour le moins problématique, car, ainsi que le même auteur précise,

  « le facteur, en tant que produit par le calcul, dépasse l’intuition » [48].

Il est donc, comme le propose R. Meili,

  « (…) certainement très correct de conclure que variable [mathématique] et trait [psychologique] sont des réalités différentes » [49]


Il est bien deux ordres de réalité séparés ; la frontière entre le plan formel et le plan herméneutique psychologique relève de ce qu’on pourrait appeler un véritable chorismos. On doit noter encore que cette « frontière » ne concerne pas seulement les effets du procédé de factorisation - même si c’est à ce cœur de l’analyse factorielle qu’elle apparaît la plus saillante : c’est l’ordre entier de l’analyse statistique (méthode corrélationnelle, significativité, discriminabilité) qui doit être compris sous l’aspect de cette différence herméneutique.

Néanmoins il serait absurde de porter cette différence au point d’une absence de tout rapport entre les deux plans. Avant de pénétrer dans cette voie,  rappelons une différence méthodologique importante qui sépare la caractérologie de Heymans du procédé de la factorisation (mathématique) employé par les analystes factoriels. Ces derniers travaillent sur un ensemble de traits qui ne sont pas pré-ordonnés ou pré-catégorisés dans des propriétés. Ainsi, en l’absence de toute hypothèse de regroupement (empirique et intuitif) préalable :

« Les difficultés arrivent au moment de l’interprétation des facteurs, [qui n’est] possible [que] si l’on connaît le rapport des variables mesurées et de leur référent psychologique en général (…) » [50]

Le même auteur accuse encore l’aspect circulaire de l’interprétation « factorielle » lorsqu’il formule que c’est « un problème inévitable dans une science [la psychologie de la personnalité] qui a pour objet une structure où les parties sont fonctions d’un tout qui à son tour doit être défini par ses parties » [51]. D’où pour finir cette « conclusion problématique » de Nuttin au sujet de la théorie factorielle :

« On ne peut espérer faire sortir de l’analyse factorielle que les dimensions de la personnalité ou de la motivation que l’on a introduites dans le matériel sur lequel on travaille » [52]

On a vu que la méthode de Heymans se soustrait et répond - au moins en partie -, à de telles difficultés. La factorisation qui, dans le cas de Heymans, ne fait que s’appliquer à une « pré-factorisation » intuitive issue de l’enquête biographique (qui conduit aux propriétés E, A, S) montre là son avantage sur une méthode qui, forte de ne pas faire d’hypothèse, bute finalement sur la difficulté d’interpréter ses propres résultats.

Ici apparaissent les limites de l’emploi du seul procédé factoriel ou d’une méthode qui prétendrait se situer intégralement sur le plan analytique et formel, dont on peut dire qu’elles sont proches du « cercle ». Si « la psychométrie [l’analyse factorielle] propose des instruments plus ou moins commodes pour tester une personne sous tous les rapports (…) la valeur d’une théorie de la personnalité qui l’utilise reste largement tributaire des intuitions qui fondent cette théorie » :

  « Malgré tous les efforts pour l’objectiver, la notion de type reste l’objet d’une approche intuitive (…) en se donnant pour cible la personnalité réelle » [53] .

Bien entendu, y compris dans le cas de Heymans, le plan sur lequel opère la vérification factorielle reste le plan mathématique et formel ; le facteur obtenu continue d’être un produit du calcul, qui « dépasse » toujours l'intuition et relève de la différence herméneutique dont nous parlions ; mais la différence est que l’on s’est déjà figuré – au terme d’une première approche empirique et intuitive – « ce que l’on introduit dans le matériel à analyser », ou ce « référent psychologique général » pointé par Meili. On verra (2.3.2) quels arguments sont disponibles pour considérer les propriétés comme des propriétés « fondamentales ».

Les analyses des dispositifs expérimentaux menées jusqu’ici peuvent maintenant laisser la place aux questions liées à l’interprétation des résultats obtenus. Avant d’y venir, nous proposons de mettre ces résultats sous forme synthétique.



Synthèse des résultats


Ces résultats tiennent d’abord dans les deux définitions statistiques du caractère telles que nous les avons dégagées des enquètes de Heymans.

Le premier résultat (1.1.2) est celui d’une libre répartition statistique, massive, des sujets consultés au sein des huit groupements proposés par Heymans ; il permet d’offrir une première consistance empirique aux huit formules de caractère. Le deuxième résultat consiste dans la reconnaissance statistique de la stabilité corrélationnelle extrinsèque de ces huit groupements (1.2.2)  ; elle confirme donc le premier résultat à un niveau d’analyse supérieur.

A ces deux résultats on en ajoutera un troisième, que ne connurent pas nos caractérologues, que nous avons mentionné puisqu'il prolonge la vérification de la cohérence statistique du système de Heymans. Si, au stade des analyses de Heymans (ou de Le Senne) se pose le problème d’une lecture tautologique des propriétés [54] (1.2.1), nous avons vu comment des analyses de type discrimination factorielle (comme celles Gauchet et Lambert) permettent de le contourner (1.2.5).

De la signification à l’interprétation (1.3.2)



Si la différence herméneutique que nous avons pointée doit conduire à considérer les résultats obtenus par toute analyse statistique avec une « précaution maximale », - sans succomber par exemple à la tentation de réification psychologique des facteurs qu’on obtiendrait par factorisation -, toutefois, comme nous le disions, l’analyse opère sur des réalités qui ne continuent pas moins d’être en rapport avec des « phénomènes psychologiques ». Il nous faut commencer d’indiquer comment des résultats obtenus[55] par les analyses statistiques peuvent être interprétés selon le chemin de retour vers les traits psychologiques eux-mêmes. Pour ce faire, revenons d’abord au stade analytique de la discrimination.

Suivant « la cohérence intra-critériale de chaque facteur » obtenue par Gauchet et Lambert, les traits relatifs (par exemple) à l’activité [56] ne peuvent pas être compris comme des doublons les uns des autres, - et ils pourraient même être compris (aspect conditionnel) comme des traits relatifs à des « entités psychologiques » distinctes les unes des autres ; cela permet de poser en retour qu’un trait comme « mobile et actif (…) » ne contenait pas a priori (ou « analytiquement », au sens des jugements kantiens) un trait comme « toujours appliqué au travail (…) », ou « impulsif », etc. On doit souligner que cette réfutation d’une lecture tautologique des traits contributifs à une propriété était impossible à établir à l’aide de la seule intuition  : on voit le gain obtenu par des analyses statistiques du genre discrimination.

A ce stade, si la différence herméneutique nous interdit toujours de passer à une « réification sommaire » des traits discriminés, elle n’empêche peut-être pas de parler des traits ou des propriétés comme indices de réification des dispositions psychologiques, au sens de Husserl, mais aussi, si l’on veut, au sens d'une investigation ou d'une enquête qui mènerait à une cartographie d’ensemble des dispositions.

Toutefois, la « réalité indicative » des traits doit être encore partagée avec un autre aspect de leur élaboration statistique que nous n’avons pas encore envisagé. 


Compréhension statistique et compréhension individuelle (1.3.3)



Il convient en effet de stationner sur un aspect très général mais essentiel de ce qu’apporte une étude statistique comme l’enquête de Heymans : celui du niveau global où situer une compréhension qui opère sur des réalités statistiques. S’il est vrai que les questionnaires sont remplis chaque fois par des individus, on douterait raisonnablement que les résultats obtenus peuvent encore être lus comme s’ils émanaient d’un seul individu (ou plutôt de huit,- un par caractère). L. Millet demande à propos de la compréhension individuelle du questionnaire :

« ‘Le sujet se trouble-t-il pour des riens ?’ Cette question est-elle sans équivoque ? (que signifie exactement ‘se troubler’, ‘des riens’ ?) (…) La réponse du sujet est-elle juste ? Est-elle sincère ? Comment le savoir ? »

Ces questions, fort légitimes lorsqu’il s’agit de dresser le profil caractérologique d’un individu, nous paraissent devoir être suspendues lorsqu’il s’agit de passer à la compréhension des résultats de l’enquête. L’ordre de la réalité statistique est celui du grand nombre : c’est ce qui oblige en quelque sorte à une répartition massive de la compréhension elle-même.

Il n’est pas douteux que les compréhensions des questions, étant singulières, se prêtent à des interprétations variables. On peut répondre premièrement que les effets de masse doivent en partie « gommer » les aberrations individuelles d’interprétation ou de compréhension des questions, mais on comptera davantage encore sur une communauté de langue et de culture, dont on peut penser qu’elle doit fonder un rapport « moyen » de compréhension d’un questionnaire donné. A rebours des questions posées précédemment, on pourrait même se demander si ce ne serait pas cette lecture rapportée à l’individu qui ne serait pas la lecture la moins opératoire des résultats de l’enquête… On soutiendrait alors que la caractérologie, tributaire en son essence d’une réalité qui est avant tout statistique, doit renvoyer sa lecture et sa compréhension individuelles à une lecture secondaire [57].


Le travail d’interprétation et de synthèse de Le Senne (1.3.4)



Au sujet des résultats de l’enquête de Heymans, Le Senne nous dit :

« Elle présente assez de concordances frappantes pour constituer l’armature d’une première caractérologie. – Si l’on s’arrêtait là, on n’obtiendrait que des types hypothétiques dont on pourrait se demander si des individus vivants leur ont jamais correspondu. Ce qu’il fallait donc, c’était les relier à l’expérience de l’activité humaine en comprenant, à partir de ces schèmes, le plus possible des modes de cette activité telle qu’elle s’exprime par des œuvres et des actes historiques ou quotidiens : c’était adjoindre à des types scientifiques et abstraits un détail concret et littéraire. » [58]

Le travail de Le Senne ne tient « que » dans la mise en forme littéraire et systématique des résultats chiffrés les plus significatifs de l’enquête. Aux corrélations qu’il regroupe thématiquement, il fera correspondre des enchaînements de motivation ; des différents systèmes corrélationnels obtenus pour chaque formule de caractère il tentera d’élaborer des profils cohérents et accessibles à une compréhension psychologique.

« La détermination du caractère se trouve ainsi à la rencontre de deux connaissances. L’une, en tout comparable à une science puisqu’elle porte sur une objectivité, doit chercher à induire (…) les lois qui en constituent les nécessités internes. – Seule, cette induction se perd dans une nature non centrée, où se mêlent physiologie, psychologie abstraite, caractérologie et d’où ne peut se dégager qu’un mécanisme sans signification humaine. Il faut donc une autre connaissance qui, sympathisant avec l’unité mentale jaillissant à la source de la conduite, atteigne par une intuition qualitative et originale à ce centre, d’où l’unification et l’intention de la conduite deviennent aperceptibles et intelligibles. » [59]

Une telle mise en texte doit opérer la synthèse qui fera des personnages statistiques comme si ils représentaient des individus réels. Aux caractères on tentera de faire correspondre et apparaître les habitus qui leurs sont propres. Le relais passe des mains du statisticien à celles de l’herméneute, et à la finesse de ses interprétations.



[1] Aristote rapporte ce propos peut-être tenu par Anaxagore (Ethique à Eudème (I, 5, 9) Ed. gr. Walzer et Mingay, 1991)

[2] George Heymans, art. “Le siècle futur de la psychologie”, in Revue du Mois, nov. 1912

[3] Démocrite, fragment B CXXIV, in Les Présocratiques, in Pléiade, NRF, Gallimard, 1988, p. 876

[4] Traité de Caractérologie, Presses Universitaires de France, coll. Logos, 1ère édit. 1945 (abrégé TC)

[5] Nous avons choisi d’illustrer cette réception de la caractérologie par la philosophie en nous inspirant de l’analyse critique qu’en propose Ricoeur in Philosophie de la Volonté. Nous tiendrons provisoirement cette critique pour exemplaire de cette réception.

[6] L e Senne avance qu’on doit à Démocrite le mot : «  Ethos anthropo daïmon », - le caractère d’un homme fait son destin , - avant que la théorie des humeurs ne soit développée par Hippocrate et Galien. Nous n’avons pas retrouvé le fragment démocritéen correspondant, seulement le mot similaire d’Héraclite : « la personnalité de l’homme fait son démon » (B CXIX, pour lequel J..P. Dumont propose de tirer « démon » vers le lot ou le destin (moira). Voir note correspondante p. 1242, in Les présocratiques, op.cit.)

[7] Jacques Girardon, Tempéraments et caractères, Famot, Genève, 1978

[8] F. Pire, Questions de psychologie, de Boeck Univ., c oll. « le Point philosophique »., 1994, ch.6 : « la personnalité »

[9] « La caractérologie s’enracine dans la connaissance spontanée des hommes. (…) cette connaissance est immédiate, préintellectuelle et irréflechie » (Gustave Thibon, La science du caractère, p.28, de Brouwer, 1933)
[10] Ce qui caractérise l’individu, c’est à dire le caractère, au sens le plus large.

[11] Enquète sur l’Entendement humain, Liberté et nécessité, p. 155, édition Saltel, Gallimard 1983

[12] La psychologie différentielle inclut, si l’on veut, la caractérologie. Cette dernière figure en tout cas dans la synthèse de M. Reuchlin, La Psychologie différentielle, P.U.F., coll. « Le Psychologue », 3è édit. 1980, pp. 126-128

[13]   Maurice Reuchlin, La Psychologie Différentielle, op.cit.  p..5 (M. Reuchlin est psychologue, professeur à l’Université R. Descartes, directeur de l’EPHE ; auteur de nombreux manuels universitaires.

[14] F.Galton (1822-1911) passe pour en être le fondateur, suivi par C. Spearman (1863-1945), K. Pearson, C. Burt, J.M.K Cattell pour les plus connus (1860-1944))

[15] Voir Annexe 1 pour la présentation des modèles ‘Big Five’ et ‘Five Factor Model’ et leurs références bibliographiques.

[16] Traité de Psychologie expériementale, sous dir. P.Fraisse et J.Piaget, P.U.F, 1963, ch. 5 « motivation, émotion et personnalité »,  p.155 sq.
[17] TC, p.36

[18] La discrétion de Le Senne à l’égard des questions méthodologiques peut se comprendre comme une économie liée à un motif pratique : aborder « la considération de la méthode et des procédés de la caractérologie (…) nous ne le ferons qu’autant que cela nous apparaîtra comme indispensable pour en assurer l’emploi ». (TC, p.26)
[19] L’enquête statistique est l’œuvre de G. Heymans et D. Wiersma, qui ont envoyé à trois mille médecins hollandais et allemands un questionnaire qui fut dispensé à leurs patients (ce questionnaire figure en annexe au Traité de Le Senne).
[20] R.Mucchielli, La caractérologie à l’âge scientifique, Essai sur les méthodes et les limites de la caractérologie, éd. Griffon, Neuchâtel, 1961, III, ch. 1, p.107

[21] Remarquons que l’arbitrage du « milieu » dépend d’une pondération puisque certaines questions offrent plus de deux choix de réponses.

[22] Comme dans le cas de la théorie factorielle, ainsi que nous verrons.

[23] George Heymans, art.  « Des méthodes dans la psychologie spéciale », in L’Année Psychologique, 1911, p. 64 sq.

[24] A la différence de la méthodologie de l’analyse (ou théorie) factorielle que nous envisagerons plus loin.

[25] Ce résultat important n’est pas mentionné comme résultat par Le Senne. Un passage nous en livre seulement les fragments chiffrés p.54 du Traité
[26] Reuchlin La Psychologie différentielle, op.cit., pp 127-128

[27] TC, p.143

[28] Cette lecture différentielle pourrait aussi tenir dans la comparaison du score obtenu pour le trait q2 chez le nerveux et le même trait chez le sentimental, etc. Ajoutons encore que cette lecture différentielle doit tenir dans la comparaison des valeurs absolues ou des pourcentages eux-mêmes, non du seul indice d’infériorité ou de supériorité relative des scores, pour les raisons indiquées précédemment. (soit, ici, la comparaison entre les scores de 7,5% et de 56,4% obtenus pour q2 respectivement pour la famille des nerveux et pour la moyenne générale). Cette appréciation de scores absolus pose des problèmes de significativité des seuils que nous nous contenterons de mentionner plus bas.

[29] Reuchlin La Psychologie différentielle, op.cit., pp 127, 128:

[30] Ils l’interdisent au moins « apparemment » ; on pourrait dire (plus tard) que certains outils d’analyse manquaient à Heymans pour établir solidement cette consistance (en particulier les outils mathématiques de discrimination des items).

[31] La significativité des scores par rapport aux moyennes peut se faire à l’aide de procédés statistiques différents que la seule comparaison de pourcentages, méthode assez « rudimentaire » utilisée dans le Traité.

[32] Cette appellation adoptée par les statisticiens est peut-être mieux adaptée au cadre formel dans lequel opère l’analyse statistique.

[33] Une corrélation « trop » proche de 1 (ou de 100% dans le langage des pourcentages)

[34] Reuchlin, La Psychologie différentielle, op. cit., p. 127

[35] Voir Annexe 1.

[36] La Caractérologie d’Heymans et Wiersma, Etude statistique sur le questionnaire de G. Berger, P.U.F. 1959, coll. «  Le travail humain » ;  F. Gauchet fut Chef du Service de Psychologie Appliquée de l’Association Française pour l’Accroissement de la Productivité, R. Lambert, Attaché de Recherches au CNRS (Laboratoire de Psychologie Sociale de la Sorbonne).

[37] Nous ne saurions interpréter ces analyses au point de vue de la mathématique statistique : les auteurs nous livrent heureusement leurs conclusions, qui seront les nôtres.

[38] Citations tirées de l’Introduction, des pp. 39, 40, 43, 61, in Gauchet et Lambert, op. cit.

[39] Pour être plus précis, on obtient que l’activité est liée positivement à la secondarité et négativement à l’Emotivité, c’est à dire que les sujets qui sont actifs sont aussi le plus souvent secondaires et le moins souvent émotifs. A ce sujet notons que Le Senne aurait lui-même pressenti ce deuxième résultat : « En beaucoup de ses effets l’activité se présente comme le contraire de l’émotivité »… (TC, p.84)

[40] Nous reprenons en (1.3.2) la signification qu’on pourrait attribuer à ces conclusions sur le plan psychologique.
[41] - ce qui suggère a priori qu’un facteur « hiérarchiquement supérieur » les relie ou les solidarise, - ce qui pourrait inviter à d’autres recherches.

[42] Reuchlin conclut lui aussi que « Emotivité et Secondarité sont apparues (…) comme des dimensions pratiquement indépendantes » (La Psychologie différentielle, op. cit., p. 128)

[43] Cette prudence suggère déjà la difficulté qu’il y a à interpréter des résultats formels, c’est à dire à passer du chiffre au texte de sa compréhension. Nous précisons plus bas le genre de difficultés rencontrées.

[44] Simone Clapier-Valadon, Les théories de la personnalité, P.U.F. 1991, coll. « Que sais-je ? », p. 60

[45] Encyclopaedia Universalis 1998, article « Analyse factorielle »

[46] L’exemple le plus significatif est peut-être celui de Spearman et l’obtention de son facteur « g ».

[47] J. Nuttin, La structure de la personnalité, P.U.F., 4é éd. 1975, p.51 

[48] Nous soulignons, F. Pire, Questions de psychologie, de Boeck Université, coll. « Le Point Philosophique », 1994, ch. 6 « la personnalité » 

[49] Nous soulignons, Traité de Psychologie expériementale, op. cit., p.174
[50] Ibid., p. 160

[51] Ibid., p. 160

[52] J. Nuttin, 1985, cité par F. Pire, op.cit., p.183

[53] F.Pire,  op. cit., p. 163 sq.

[54] Nous aurions pu élargir cette hypothèse tautologique aux autres items (aux traits) proches sur le plan sémantique. La question se posait évidemment en premier lieu pour les propriétés, dont les traits tiennent cette proximité de ce qu’elles sont censées relever d’un même « niveau » - pseudo-physiologique (voir (2.3.2b) pour les questions liées à cette origine « physiologique » des propriétés)

[55] Nous disons « pouvant être obtenus » car il ne saurait s’agir d’interpréter ici l’intégralité de ces résultats.

[56]   « mobile et actif », « toujours appliqué au travail », « ordinairement occupé », « ne pas renoncer devant les obstacles », « impulsif », « décidé »…

[57] …pour anticiper sur les questions posées en (2.2) et (2.3)

[58] TC.p. 541

[59] TC., p.540 sq


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